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La rentrée remet nos vies en mouvement. Avec elle reviennent les contraintes, les attentes et surtout la nécessité de composer avec les autres.
La rentrée possède quelque chose d’étrangement collectif. Même lorsqu’elle ne nous concerne plus directement depuis longtemps, elle continue de marquer un changement de rythme. Les villes se remplissent, les agendas se resserrent, les écoles rouvrent, les bureaux retrouvent leur agitation. Septembre donne l’impression que chacun reprend sa place en même temps. Ce retour à l’ordinaire ne consiste pourtant pas seulement à remettre en marche des organisations. Il nous replace aussi brusquement au milieu des autres.
Il faut renouer avec les horaires d’un enfant, les demandes d’un professeur, les habitudes d’un collègue, les attentes d’un client, les contraintes d’un voisin. Il faut à nouveau partager les transports, les trottoirs et quelques mètres carrés d’espace public avec des personnes qui, elles aussi, sont pressées, préoccupées ou déjà fatiguées. Les pistes cyclables parisiennes pourraient à elles seules devenir un laboratoire de cette rentrée relationnelle : chacun y retrouve ses trajets, ses urgences, sa lecture de la priorité et une patience dont les réserves ne sont pas toujours à la hauteur de la densité du trafic.
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Je m'inscris !De curieuses compétences “douces”
Nous parlons volontiers d’écoute, d’adaptabilité, de coopération ou d’empathie comme de “soft skills”. L’expression s’est imposée dans le monde du travail au point de sembler aller de soi. Pourtant, elle entretient une étrange hiérarchie. À côté des compétences techniques, supposées solides, mesurables et directement utiles, les compétences relationnelles apparaîtraient plus souples, plus intuitives, presque accessoires. Un supplément appréciable lorsque tout va bien.
Or elles deviennent surtout visibles lorsque la situation se complique. Écouter quelqu’un qui nous agace, recevoir une critique sans la transformer immédiatement en attaque, poser une limite sans humilier, formuler un désaccord sans disqualifier l’autre : rien de tout cela ne relève d’une disposition particulièrement douce. La compétence relationnelle commence souvent au moment où nos réflexes ordinaires nous pousseraient plutôt à nous défendre, à convaincre ou à couper court. Elle ne supprime pas les tensions. Elle évite parfois qu’elles occupent tout l’espace.
Quand septembre raccourcit les distances
La rentrée ne crée évidemment pas à elle seule les conflits. Elle réunit simplement plusieurs conditions qui les rendent plus probables : moins de temps, davantage de sollicitations, des rythmes qui se resserrent et une disponibilité qui diminue rapidement. Une remarque banale peut alors prendre une ampleur inattendue. Un retard devient un manque de considération. Une demande supplémentaire ressemble à une exigence de trop. Ce qui aurait pu rester une contrariété se charge plus facilement d’intentions prêtées à l’autre.
Le décryptage du mois dernier rappelait déjà combien la fatigue réduit notre capacité à supporter l’incertitude, à entendre le désaccord ou à différer une réaction. La compétence relationnelle tient peut-être aussi à cette petite distance que nous parvenons ou non à maintenir entre ce que nous éprouvons et ce que nous en faisons. Une émotion n’impose pas une réponse. Un désaccord ne nécessite pas toujours d’être tranché. Une parole maladroite n’exprime pas nécessairement une intention hostile. Cela paraît évident lorsque nous disposons de temps et d’espace. Beaucoup moins à 8 h 12 un matin de septembre.
Faire sa rentrée, recevoir celle des autres
Les élus occupent à cet égard une position particulière. Ils font leur rentrée comme tout le monde, mais deviennent aussi les destinataires de celle des habitants. Une permanence, une réunion de quartier ou un échange dans la rue peuvent recevoir bien davantage que la demande officiellement formulée. Une difficulté de stationnement, une question scolaire ou un problème de voisinage arrivent parfois accompagnés d’une fatigue professionnelle, d’un trajet compliqué, d’une inquiétude familiale ou d’un sentiment plus ancien de ne pas être entendu.
La fonction ne consiste pourtant ni à absorber cette charge ni à en devenir responsable. Entendre une colère ne signifie pas devoir la réparer. Comprendre ce qui se joue ne revient pas à approuver ce qui est dit. La compétence relationnelle permet aussi de distinguer, de cadrer, de poser une limite et de préserver sa propre place dans l’échange. Elle mérite alors peut-être mieux que son classement parmi les compétences “douces”. Car lorsqu’il faut rester disponible sans tout recevoir, ferme sans rompre, attentif sans se laisser envahir, elle ressemble moins à un agrément relationnel qu’à une véritable compétence de première nécessité. C’est aussi pour cela que la compétence relationnelle mérite d’être considérée comme une compétence à part entière et, comme toute compétence, d’être travaillée et développée.
Marianne Fougère
Plume indépendante et vagabonde
