Pourquoi ce n’est presque jamais “le projet” qui pose problème

Pourquoi ce n’est presque jamais “le projet” qui pose problème

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Un projet peut sembler bien conçu et pourtant se gripper. Derrière les tensions ou les blocages, il y a souvent moins un défaut d’organisation qu’un défaut d’alignement. Et cela tombe bien : la médiation professionnelle offre des outils concrets pour y travailler !

Un projet peut commencer dans l’enthousiasme le plus vif et se perdre, quelques semaines plus tard, dans une étrange fatigue. Cela vaut pour une équipe de freelances qui se lance dans une aventure collective, pour une association qui monte un événement, pour un collectif citoyen qui constitue une liste municipale ou, encore, pour une entreprise qui engage une transformation interne. Les contextes diffèrent, mais les symptômes se ressemblent.

Au début, tout le monde est là. Les idées fusent, les réunions sont pleines, les intentions claires. Puis, peu à peu, quelque chose se dérègle. Les décisions tardent. Les malentendus s’accumulent. Certains prennent toute la place pendant que d’autres se taisent. Des tensions sourdes s’installent, sans toujours trouver de mots. Et l’on se surprend à penser que “ça ne marche jamais”, sans vraiment savoir pourquoi. Dans ces moments-là, la tentation est grande de chercher un coupable : un responsable défaillant, une mauvaise organisation, un manque d’implication. Mais bien souvent, le problème est ailleurs. Il tient à quelque chose de plus discret : et si les personnes engagées dans le projet n’étaient pas tout à fait alignées ?

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Quand les projets déraillent

Rien de très surprenant à cela. Après tout, dans un projet collectif, chacun arrive avec son histoire, son rapport au travail, ses attentes, ses fragilités et, parfois, ses casseroles ! Certains sont tournés vers l’action : faire, produire, avancer. D’autres sont plus attentifs au cadre, au sens, à la reconnaissance. D’autres encore sont très sensibles à l’ambiance, aux tensions, à la qualité des relations.

Aucun de ces pôles n’est en soi problématique. C’est leur déséquilibre qui l’est. Quand le faire écrase l’être, on s’épuise. Quand le ressenti n’est jamais entendu, il se transforme en retrait ou en conflit. Quand personne ne sait vraiment ce qui est attendu de lui, l’énergie se disperse. Ce qui fait souvent défaut, ce n’est pas la bonne volonté, mais un espace pour nommer ces écarts, les rendre visibles et, pourquoi pas, les travailler.

Mettre les pieds dans le plat

D’où, l’intérêt peut-être de faire appel à un médiateur professionnel et, si possible, bien en amont de l’explosion. Car la médiation professionnelle n’est pas une gestion de crise au sens spectaculaire du terme. Elle crée plutôt un cadre dans lequel les personnes peuvent dire ce qui coince, même maladroitement. Même dans le silence.

Ce cadre repose sur une idée simple : personne ne risque rien à venir à la table de discussion. On peut y déposer un doute, une frustration, un besoin, sans être disqualifié. On peut reconnaître qu’on ne sait pas comment faire ou que l’on se sent déplacé, sans perdre sa légitimité. Or, dans un projet politique, associatif ou professionnel, cette sécurité change tout. Elle permet à celles et ceux qui n’ont pas l’habitude de ces dynamiques de se sentir à leur place. Elle empêche que les tensions deviennent des non-dits durcis. Elle transforme la divergence en matière de travail plutôt qu’en fracture.

Retrouver le Nord

Pour ce faire, la médiation professionnelle s’appuie sur des outils précis, conçus pour objectiver ce qui, sinon, reste diffus. Un exemple ? Repérer la manière dont chacun communique et se positionne dans un projet : est-on davantage dans l’action, dans la réflexion, dans le ressenti ? Ces cartographies ne servent pas à étiqueter, mais à équilibrer. Si une personne est très orientée vers le faire, on peut l’aider à intégrer davantage le ressenti collectif. Si une autre est très sensible aux relations, on peut l’accompagner vers une prise d’initiative plus assurée. L’enjeu n’est pas de changer les personnes, mais de faire en sorte que le système tienne.

Le cadre ainsi posé, les projets cessent d’être une suite d’ajustements bricolés. Ils deviennent des espaces où chacun peut apprendre à se situer, à coopérer et, de fait, à se sentir mieux pour traverser les difficultés sans s’y perdre. Et, dans un monde où les projets sont de plus en plus transversaux, hybrides voire incertains, cette capacité à rester en mouvement malgré les écarts est peut-être l’un de nos biens les plus précieux.

 

Marianne Fougère

Plume vagabonde et indépendante