À hauteur d’enfants : prendre en compte la parole des plus jeunes

À hauteur d’enfants : prendre en compte la parole des plus jeunes

La JIMP 2022 a donné la parole aux enfants. Retour en mots et en images sur cet événement auquel Accords Médiations a participé.

La publication retentissante de La familia grande* a déterré la bête noire française : l’inceste. Si toutes les histoires d’amour finissent mal (en général), le livre de Camille Kouchner rappelle combien toutes les histoires d’inceste, hélas, se ressemblent, combien toutes ces affaires sont des histoires de mutisme et d’omerta. Et ce alors même qu’un Français sur dix affirme avoir été victime d’inceste…

Dans ce premier roman, impressionnant de maîtrise et de profondeur, Camille Kouchner décortique, ainsi, les mécanismes familiaux qui terrent dans le silence les enfants et adolescents victimes de violences sexuelles. Médiatique ou non, membre de l’intelligentsia ou pas, chaque famille “conseille” à la victime de se taire. De passer à autre chose. Pour chaque enfant victime commence alors une véritable traversée du désert, émaillée de peurs, de doutes, de souffrances, de menaces, qui peut prendre des années, toute une vie, et même ne jamais aboutir… 

La preuve ? Les chiffres glaçants communiqués par le ministère de la Justice. En les consultant, on apprend ainsi que moins de 10% des viols sur mineurs font l’objet de plaintes et 74% d’entre elles sont classées sans suite. Et quand elles sont finalement instruites, la moitié des plaintes sont déqualifiées en agressions sexuelles ou en atteintes sexuelles, ce qui a pour effet ni plus ni moins d’attribuer à l’enfant son consentement**… 

 

 

Des maux et des mots 

Mais les livres comme les films peuvent permettre à la parole de se libérer. Au lendemain de la sortie de La familia grande, une vague de témoignages s’est déversée sur Twitter sous la bannière #metooinceste. On pense aussi à François Ozon qui en 2019 signait, avec Grâce à Dieu, un film sur la parole, sa construction, sa répression, sa libération et… sa perversion. Manière de souligner que le poids du tabou et de l’institution est souvent plus fort que le besoin de s’émanciper du traumatisme.

Il n’en demeure pas moins que le mouvement de libération de la parole n’a pas fait la sourde oreille à ce que les enfants avaient eux-aussi à dire. Cette libération de la parole s’accompagne d’une écoute croissante des mots d’enfants devenus grands mais également des maux d’adultes en devenir. À l’occasion de la Journée internationale des droits de l’enfant, en novembre dernier, la Défenseure des droits, Claire Hédon, a ainsi alerté sur le défaut de prise en charge des troubles de santé mentale des enfants***. En jeu ? L’intérêt supérieur de l’enfant qui impose une prise en charge précoce et rapide de son bien-être. Comme pointé dans son rapport par Claire Hédon, cet intérêt supérieur de l’enfant suppose surtout d’appréhender la santé mentale dans sa globalité, de développer des offres de prise en charge et d’accompagnement, des propositions de suivi, des lieux d’écoute.

C’est d’ailleurs pour mieux recueillir la parole des jeunes de l’aide sociale à l’enfance (ASE) que Gautier Arnaud-Melchiorre, un ancien enfant placé, a décidé de se mettre à leur hauteur****. Comment sinon faire connaître ce qu’ils pensent réellement de leurs familles d’accueil, de leurs foyers d’urgence et même de leurs “référents ASE” ? Sans cet ajustement, impossible de rendre compte par exemple de la honte ressentie par certains à la vision des “grosses camionnettes blanches” au logo de leur association ou de “l’immense pancarte” à l’entrée de leur établissement. Qui a dit, en effet, qu’être écouté devrait nécessairement signifier être mis à l’affiche… 

Recueillir la parole 

Jamais donc la parole des enfants n’a été aussi prise en compte. Pourtant, beaucoup de choses restent encore à faire pour accorder aux enfants la place qui leur revient. Comment, dès lors, aider les institutions en général, l’institution judiciaire en particulier, à adopter le point de vue des enfants ? Comment les médiateurs professionnels peuvent-ils se positionner pour rétablir le lien de confiance entre des enfants et des institutions qui les ont malmenés et qu’ils ont parfois eux-aussi malmenées ? 

C’est à ces questions que la table-ronde “Prendre en compte la parole des plus jeunes”, organisée par Accords Médiations à l’occasion de la Journée Internationale de la Médiation Professionnelle, a tenté d’apporter des réponses. Entourées, il est vrai, d’intervenantes de qualité parmi lesquelles Maître Anne-Sèverine Gaudet, avocate au Barreau d’Avignon et Présidente de l’association SOS Avocats d’enfants, ou encore Estelle Titeux, cheffe d’établissement au LEAP Massabielle de Vernet-Chaméane, un lycée d’enseignement agricole privé situé dans le Puy-de-Dôme qui propose un dispositif innovant accueillant les jeunes en difficulté sociale, relationnelle, familiale, scolaire.

Dans cette vidéo, que nous mettons à votre disposition, vous entendrez surtout les témoignages des premiers concernés. Ouvrez donc grand vos oreilles à ce que les élèves du LEAP Massabielle ont à nous dire. Implication, légèreté, écoute, apprentissage à mieux : il se pourrait bien en effet, qu’entre les lignes, Manon, Luci, Antoine et Alexandre nous livrent quelques pistes pour instaurer avec les plus jeunes une relation de confiance et parvenir ainsi à se tourner vers leur projet

 

Marianne Fougère
Plume vagabonde et indépendante

 

* Camille Kouchner, La familia grande, Paris, Éditions du Seuil, janvier 2021.

** Ministère de la Justice, Infostat Justice, mars et septembre 2018.

*** Défenseur des droits, “Rapport 2021. Santé mentale des enfants : le droit au bien-être”, novembre 2021.

**** Rapport de la Mission La parole aux enfants, “À (h)auteur d’enfants”, janvier 2022.